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31 mai 2009

Judo et kawaii

Filed under: Et il est où exactement ce Japon ?,One shot — Frédéric @ 3 h 49 min

Pour les rares qui ne le savent pas, « Kawaii » signifie mignon en japonais (pas seulement, mais c’est le sens le plus connu en France et celui qui nous intéresse ici). Il est utilisé par les japonaises, généralement en poussant de hauts cris, pour désigner les chiwawas, les lolcats, les mascottes de n’importe quoi avec de grands yeux et les français aux yeux bleus.
J’ai déjà parlé de Pipo, la mascotte de la police de Tokyo et je pense que c’est déjà un peu trop. Par contre, j’ai pu grâce au judo assister à deux spectacles qui relèvent clairement du kawaii, si ce n’est du cute overload (ça vous chercherez par vous même, ce n’est pas japonais, ce n’est pas mon boulot).
Le premier, ce sont les compétitions de judo pour les enfants.

compétition denfants

compétition d'enfants

Je ne suis pas du tout du genre à m’extasier devant n’importe quel enfant donnant des coups de pieds dans le dossier de mon siège pendant la totalité de mon trajet de train Paris-Vladivostok. Mais je crois que nous sommes génétiquement programmés pour afficher un sourire béat, devant un bout-de-chou qui tend l’orteil devant lui comme pour tester l’eau, parce qu’il n’ose pas franchir la ligne de salut au début de son combat.
Le problème des compétitions d’enfants, c’est que c’est plein d’enfants, donc une fois passé les douze premières secondes d’attention, ça devient bruyant et assez pénible, c’est là qu’entre en scène le deuxième spectacle kawaii : les compétitions de japonaises !

compétition denfants

compétition de filles

Les plus méchants d’entre vous demanderont : « les mêmes qui font vingt kilos de plus que toi et qui te plantent dans le tapis régulièrement ? ». Je leur répondrai qu’elles ne me plantent pas si régulièrement que ça dans le tapis, mais que oui les mêmes. La forcément, vous vous demandez en quoi des lanceuses de poids de l’ex-RDA (en fait il y en a aussi plein de très belles, mais c’est beaucoup moins drôle si on le dit) pourraient être plus kawaii que les enfants et pourquoi juste les japonaises d’abord espèce de raciste ! La réponse est en deux temps. D’abord au niveau visuel, elles portent toutes des chaussettes plus kawaii les unes que les autres, avec des gros hello kitty dessus, qui dans ce contexte sont juste parfaitement mignonnes. Mais surtout, il faut savoir que TOUTES les judokates japonaises, même dans les catégories plus de 100kg poussent exactement le même cri aiguë, quand elles forcent :
Nyahhhhh ~~~ ^__^ !
Vous allez me dire que j’exagère et qu’elles ne peuvent pas avoir un smiley dans leur cri. Effectivement… En réalité, elles ont un gif animé de chaton dans leur cri !
Je sais que les rabats-joie ne me croiront pas et je n’ai pas de magnétophone pour vous le prouver, mais de toute façon, moi je sais désormais que l’on peut mettre un gif animé kawaii dans son cri et c’est le plus important.

30 mai 2009

Où notre héros fait un peu trop de zèle dans sa découverte du Japon

Filed under: Et il est où exactement ce Japon ? — Frédéric @ 11 h 48 min

Je tiens à préciser immédiatement à l’attention des plus mauvais esprits que cet article ne parle pas des maladies vénériennes au Japon… Et à l’attention des plus anxieux que tout va bien…
Mercredi soir, en rentrant de mon entraînement à Tenri, je me suis demandé comment ces gens faisaient pour s’entraîner six jours sur sept toute l’année alors que j’avais mal partout au bout d’une semaine de ce traitement. Des pieds au bout des doigts, je n’étais que courbatures et douleurs diverses, mais sans m’en inquiéter outre mesure, vu le traitement énergique que je venais de subir. C’est seulement en milieu de soirée, lorsque j’ai eu la mauvaise idée d’avoir une quinte de toux que je me suis rendu compte que ce n’était pas une courbature que je ressentais au niveau des côtes… Un coup d’œil sur internet m’aillant confirmé que les fractures aux côtes n’ont de toute façon pas d’autre traitement que l’attente, j’ai décidé d’attendre une heure raisonnable le lendemain pour aller me faire diagnostiquer.
Le jour suivant, j’ai donc entrepris de boitiller jusqu’à l’hôpital le plus proche, indiqué par l’hôtel, où l’on m’a expliqué que les rendez-vous finissaient à 10h30 (moi qui avait pris mon temps pour ne pas y être trop tôt) mais que je pouvais essayer un second hôpital. Où l’on m’a dit que les consultations étaient uniquement à partir de 18h. Au Japon, il ne faut pas se blesser en journée…
J’y suis donc retourné en soirée et après attente et radio, il semble qu’il n’y ait rien de cassé. Je dois donc me reposer pendant 15 jours, avec des emplâtres à mettre pendant une semaine. Cela n’empêche en rien la pratique de photos de judo, comme je l’ai d’ailleurs vérifié le lendemain.
D’un point de vue purement touristique, je ne recommande pas particulièrement la visite d’un hôpital japonais, en raison de leur ressemblance assez décevante avec les hôpitaux français.

27 mai 2009

Qu’est-ce qu’on grignote au Japon ?/!

Filed under: Et il est où exactement ce Japon ? — Frédéric @ 6 h 17 min

En attendant une nouvelle fournée de boissons, je vous propose aujourd’hui une plongée dans les gâteaux et autres friandises que l’on trouve ici et pas en France. Comme tout le monde n’a pas aussi bon goût que moi, il est possible que certaines personnes ne soient pas convaincues, mais elles ont tort. (more…)

25 mai 2009

Sensibilité et technique en photographie

Filed under: Réflexions photographiques — Frédéric @ 16 h 31 min

Un peu de réflexions photographiques aujourd’hui.

Boussole bouddhique

Boussole boudhique

Les plus fidèles ont déjà vu cette photo dans ma sélection de photos de Miyajima. Il s’agit je crois d’une boussole bouddhique. En tout cas, on y trouve les signes du zodiaque chinois et les quatre points cardinaux. Cette boussole a été l’occasion de pas mal de réflexion pour moi, pour une raison simple : je ne savais pas quelle était la bonne manière de la photographier. J’ai donc essayé plusieurs solutions et j’ai finalement gardé celle ci, mais sans savoir s’il en existe une meilleure. J’imagine que certains commencent à s’agiter sur leur chaise, c’est un peu le but. Oui, je pense qu’après avoir posé mes conditions, à savoir vouloir montrer le côté massif de cet objet, le fait qu’il descend du plafond, avoir la flèche et le symbole du nord qu’elle indique lisible et garder le format rectangulaire, il y avait un nombre fini, voire un seul cadrage correct pour prendre la photo. Il existe évidemment d’autres manières de montrer cette boussole, mais qui ne mettent pas en avant la même chose, qui n’ont pas le même propos.
Cette photo est particulière, parce qu’elle ne contient finalement que des formes géométriques et des symboles, donc mon idée de l’existence d’un unique cadrage techniquement correct y est plus facilement soutenable. Cependant, après réflexion, je crois que ma vision de la photo est la même pour tous les sujets : une première phase qui fait intervenir la sensibilité du photographe, par la définition de ce qu’il veut dire avec sa photo, puis une seconde phase purement technique de prise de la photo.
Cette vision semble être partagée, puisque certains grands « photographes » finissent par ne plus jamais toucher un appareil, distribuant les ordres à des assistants sur quoi prendre.
Les commentaires sont ouverts, si vous voulez contredire tout cela !

23 mai 2009

Je n’ai pas une tête de judoka 2

Filed under: Et il est où exactement ce Japon ? — Frédéric @ 18 h 46 min

Depuis mon arrivée dans le Kansai, j’ai retrouvé mon sensei, dont je vous ai déjà parlé. Il est influent dans la région et m’a donc fait un beau cadeau : il m’a obtenu l’accès au dojo de l’université de Tenri.
L’équipe de judo de Tenri est probablement l’équipe la plus forte au monde. C’est ici que s’entraîne Anai, qui a battu Muneta au championnat du Japon de cette année. J’étais fier d’avoir travaillé avec le père de Muneta, parce que c’est le père d’un grand champion, mais si tout le monde faisait du judo comme Muneta, je serais parti prendre des photos de curling au Canada pour avoir de l’action. Anai, c’est un peu mon idole, en matière de judo. Il a un physique pas du tout japonais de grande pieuvre et il a un judo magnifique, avec des attaques incroyablement rapides et techniquement très belles. Et pendant que j’étais là, son coach personnel était Shinohara, un grand champion japonais, qui a passé sa carrière dans l’ombre de David Douillet, qui l’a vaincu en finale d’un championnat du monde et des JO de 2000, les deux fois sur des décisions arbitrales contestées (autant dire que le nom de Douillet est particulièrement tabou dans les environs). Voilà pour UN des judokas de Tenri. En gros, sur les dizaines de judokas là-bas (probablement plus d’une centaine), il n’y en a pas un, même sous calmants que je puisse rêver de faire chuter une seule fois de mon vivant.
Mon sensei m’a donc amené dans ce dojo et m’a présenté à un premier sensei, qui a dit qu’il n’y avait pas de problème pour que je m’entraîne pendant le mois de mai. Il m’a ensuite présenté à un second sensei, qui a la particularité de très très bien parler français. Ce second sensei, qui pèse à vue de nez moins de 66kg m’a regardé de la tête aux pieds et m’a dit en riant, en français dans le texte « Vous voulez vous entraîner ici ? C’est très dur, vous savez. Je vous regarde et je sais que vous n’êtes pas très fort. Votre manière de porter votre ceinture me suffirait à le savoir. ». « So long » pour mon amour propre de judoka. Heureusement, je l’avais laissé dehors en rentrant dans l’université. Je n’ai définitivement pas une tête de judoka ! L’anecdote me fait en réalité beaucoup rire et elle m’impressionne aussi, parce que cette capacité à voir le niveau d’un judoka (et pas comme certains non connaisseurs qui disent « tu n’es pas musclé, tu ne dois pas être un grand judoka », car le truc n’est pas là) me parait assez mystique !

J’ai commencé par faire un combat contre quelqu’un qui m’avait invité et qui m’a dominé de plusieurs années-lumière pendant tout le combat, puis j’ai préféré faire des photos, pour ne pas leur faire perdre de temps. Le sensei qui m’avait dit que j’avais l’air faible et qui s’occupe principalement de l’équipe féminine m’a alors dit de travailler avec les femmes, ce que j’ai fait pendant plusieurs combats. De manière assez honorable ai-je trouvé. Le lendemain, je suis revenu et il m’a dit « les filles sont très contentes de travailler avec toi, tu peux revenir quand tu veux ». Je prends ça comme un gros compliment, dans l’absolu et d’autant plus dans sa bouche.

Anai travaillant à Tenri (copyright tout ça)

Anai travaillant à Tenri (copyright tout ça)

Après l’entraînement à Tenri, mon sensei m’a directement amené à son dojo, pour le cours du soir. J’étais tout ému de retrouver ce bon vieux dojo où j’ai beaucoup appris. Nous n’étions que trois adultes, en plus du sensei, mais ça m’a fait plaisir de retrouver ces deux élèves que j’avais côtoyé à l’époque. Et puis c’est aussi ici que mon nom est écrit sur une plaque dans la liste des élèves et que le sensei dit aux enfants « va travailler avec Tingaud Sempai » (sempai désigne un ancien par rapport au novice). A la fin du cours, la fille du sensei nous a apporté des gâteaux japonais et du thé, que nous avons mangés en tailleur au milieu du dojo.

dojo de sensei Hishida

dojo de sensei Hishida

22 mai 2009

Incident photographique

Filed under: One shot,Réflexions photographiques — Frédéric @ 14 h 12 min

Diana Lui, avec qui j’ai fait un stage de photo l’an dernier et un autre avant de partir, dit qu’il ne faut pas avoir peur de l’incident photographique. C’est à dire laisser la place à des choses que l’on ne maîtrise pas. En revenant de Matsuyama, j’ai pris une photo de nuit, depuis l’intérieur du bateau et en regardant le résultat sur mon ordinateur, j’ai découvert que j’avais justement un incident photographique qui me plaît bien…

Incident Photographique

Incident Photographique

21 mai 2009

Troisième mouvement

Filed under: Et il est où exactement ce Japon ? — Frédéric @ 3 h 02 min

Depuis hier, je suis arrivé à Osaka, dans le Kansai. Ca tombe bien, puisqu’il y a justement une épidémie de grippe espagnole/porcine qui vient de s’y déclarer…
Je vais naviguer dans la région, entre Kyoto, Osaka et Nara pendant un certain temps, que je n’ai pas encore précisément défini. Ca dépendra des dojos que je trouve ici.

20 mai 2009

Miyajima

Filed under: 10x15 — Étiquettes : — Frédéric @ 2 h 41 min

La journée d’hier a été consacrée au tourisme, avec l’île de Miyajima que j’avais déjà vue il y a 7 ans, mais dont je gardais un assez bon souvenir pour vouloir y reconsacrer une journée. On y trouve un torii qui est partiellement immergé à marée haute et qui est considéré comme une des trois plus belles vues du Japon (avec les falaises de Matsushima que j’ai également vues et Amanohashidate, une bande de terre traversant la mer et couverte d’arbres, que je n’ai pas vue).

Click me!

Click me!

19 mai 2009

Résumé des mouvements précédents

Filed under: Et il est où exactement ce Japon ? — Frédéric @ 12 h 39 min

Je fais ce billet un peu tard, puisque je suis sur le point de quitter Hiroshima et que j’ai déjà donné des indications géographiques dans les billets précédents, mais je remets une petite carte avec le trajet parcouru depuis le début, qui vous parlera probablement beaucoup plus que les noms de villes. J’ai mis un point pour Matsuyama, car j’y ai passé une nuit.

18 mai 2009

Fastes, gloire et classe internationale

Filed under: Et il est où exactement ce Japon ? — Frédéric @ 12 h 45 min

Depuis dix jours, je vie dans un monde de fastes, de gloire et de classe internationale, dont je vais enfin vous parler ici.
A mon arrivée à Kagoshima, j’avais le nom de deux professeurs de judo dans une université de sport, donnés par un médecin japonais et un prof de judo français étudiant l’enseignement du judo aux enfants. Ma première journée à Kagoshima, je décidais donc d’aller voir cette université, qui d’après le site internet demandait pratiquement deux heures de trajet depuis mon hôtel car elle se trouve de l’autre côté de la baie. En réalité, il fallait trois bonnes heures, avec les attentes de bus. Une fois arrivé, j’ai trouvé le dojo, qui était désert et je suis allé me renseigner au service des étudiants où l’on m’a dit que le professeur que je cherchais était celui qui m’avait été évoqué par le français (le nom que j’avais du médecin était peut-être celui du prédécesseur, je n’ai jamais vraiment cherché à savoir). On m’a aussi dit que le prof en question était bien dans les locaux, mais pas à son bureau, donc injoignable et que je pouvais repasser le lendemain matin… Pour rentabiliser un peu mes 6h de trajet, j’en ai profité pour m’arrêter dans un onsen du coin, ça serait dommage de se laisser dépérir…
Le lendemain, de bonne heure, j’ai refait mes trois heures de trajet (que j’ai fait en seulement 2h30, par une bonne combinaison de bus), pour essayer de rencontrer mon fameux professeur. Quand je suis arrivé, je me suis à nouveau présenté au service des étudiants, où la même dame que la veille m’a dit qu’elle n’arrivait encore pas à le joindre et que je pouvais laisser un courrier qu’elle déposerait directement sur son bureau. En japonais s’il vous plaît, ce qui m’est techniquement à peu près impossible. Voyant la tête que je faisais, elle m’a demandé d’expliquer ce que je voulais dire et je lui ai parlé de mon projet. Elle a alors pris la pose japonaise « komattana… » (c’est embêtant…), qui consiste à faire huuummmmm en se tenant le menton et en espérant très fort que la réponse tombe du ciel ou que le grand gaijin en face arrête de faire des yeux de chien battu. Comme la deuxième solution était peu probable (je suis triple champion du monde de culpabilisation de japonais, c’est comme ça que je suis arrivé là où je suis aujourd’hui), c’est la première qui a eu lui. Un membre du club de judo a débarqué pour faire signer une feuille, sur le chemin pour son entraînement !
Il m’a donc conduit à Hamada sensei (retenez ce nom, il va revenir), qui m’a regardé arriver avec les sourcils froncés et à qui j’ai donné le nom de mon contact et re-raconté ma vie alors qu’il me regardait avec beaucoup de suspicion. Alors que j’étais en train de m’enfoncer profondément dans le bourbier de la barrière des langues, il m’a demandé de répéter le nom du contact (il se nomme Thierry, ce qui est imprononçable pour un japonais) et au bout de trois tentatives de plus en plus louches, il a compris, son visage c’est brusquement éclairé et on était les meilleurs amis du monde. Dix secondes plus tard, j’étais présenté au club et je commençais les photos. 3h plus tard (j’étais arrivé trente minutes après le début du cours. Pour vous faire une idée, je me sens physiquement plus proche de courir le marathon que de faire un entraînement de judo de 3h30), le cours finissait et Hamada sensei m’emmenait manger des sobas (il a payé la note, évidemment), après m’avoir offert une serviette du club et avant de m’offrir une boite de bonbons parce que c’est la spécialité de la région. Je retournais ensuite à mon hôtel avec un rendez-vous le lendemain dans le dojo de la police de Kagoshima, pour un entraînement de masse.
Le lendemain, arrivé au dojo de la police, Hamada sensei m’a présenté à tous les enseignants présents et j’ai pu photographier pendant à nouveau plus de trois heures plus d’une centaine de champions en train de s’entraîner. A la fin du cours, après s’être excusé de ne pas pouvoir rester plus, car ils devaient repartir à leur université, il me proposa d’assister le lendemain à une petite compétition féminine locale ! Trois entraînements différents en trois jours, proposés par le même sensei !
Pour la compétition, rebelote, Hamada sensei m’a présenté à tous les organisateurs de la compétition, ce qui m’a donné une vraie légitimité pour aller où bon me semblait. Je reparlerai de cette compétition dans un autre billet, il y a des choses à dire dessus… Après la compétition, j’ai donné à Hamada sensei les photos du premier entraînement, que j’avais enfin pu développer et je lui ai dit que j’aimerais aller à Hiroshima pour la suite. A quoi il m’a dit que je pouvais aller chez son propre sensei, sur l’île d’en face !
Je passe sur un nouveau passage à l’université pour dire au revoir et donner les dernières photos et on passe aux choses sérieuses.
Hamada sensei est huitième dan. C’est un grade que l’on atteint généralement à un age très avancé, pour les très rares qui l’atteignent. Physiquement, il paraît extrêmement jeune pour cela, mais je me demandais un peu à quoi pouvait ressembler son sensei. D’autant plus que celui ci avait un nom qui doit vous évoquer quelque chose, si vous suivez un peu : Muneta sensei !
Et bien après vérification, c’est bien le papa du champion !
Muneta sensei avait été prévenu de ma venue et j’avais son numéro de téléphone. Après avoir vainement tenté de l’appeler pendant ma première journée à Hiroshima, il m’a rappelé dans la soirée et m’a dit que je ne pouvais pas faire l’aller-retour à Matsuyama, où est son dojo, sur la journée et qu’il me réservait un hôtel sur place et m’a donné rendez-vous deux jours plus tard.
Deux jours plus tard, Frédéric Tingaud a été pris en charge par un des professeurs les plus connus du Japon, père de l’icône nationale. J’ai visité avec sa femme et lui le château de Matsuyama et il m’a proposé de m’entrainer un peu, en plus de faire des photos, ce que j’ai accepté, parce que ça faisait dix jours que je n’avais pas mis un kimono et parce que c’est quand même juste d’une classe incroyable de s’entrainer au Munetadojo. Par contre, un peu effrayé par les cours de 3h30 que j’avais vu à Kagoshima, j’ai bien insisté sur mon faible niveau et le fait que je n’étais que premier dan. En fait, il y avait 2*2h de cours, d’abord les enfants où j’ai revu de tous petits bouts de choux en train de s’entrainer avec sérieux, puis le cours adulte où je n’ai presque pas pris de photos, occupé à faire du judo que j’étais. Et Muneta sensei m’a dit que j’étais fort ! Je vous avais prévenu que l’on était dans la classe internationale ! Petite anecdote, pour remettre les choses en perspective, j’ai travaillé avec un grand gamin dégingandé, profile type de l’ado, tout mou et boutonneux. On a commencé le randori normalement, en bougeant un peu pour jauger l’autre, avant de passer aux choses sérieuses. Et puis d’un coup, j’ai eu le souffle coupé et j’étais par terre. J’ai vérifié, je suis le seul à être tombé, donc il n’a pas pu simplement renverser le dojo autour de moi… J’ai travaillé avec des gens de très haut niveau, mais même avec eux, il y a toujours ce bref instant où dans ma tête passe un « Et merde… » (en fait, j’ai déjà eu ça une fois, mais c’était il y a 15 ans avec Angelo Parisi, un ancien champion olympique, donc on va dire que ça ne compte pas). J’ai interrogé Muneta sensei, l’ado en question a 15 ans et il est champion régional. Dans 5 ou 6 ans, je pourrai me vanter de l’avoir rencontré avant qu’il devienne célèbre, celui là !
Fin de l’anecdote. Après le cours, Muneta sensei m’a emmené manger des sushis. Inutile de préciser qu’il a tout payé, les sensei sont imbattables pour ça, mais là où on tombe dans le faste, c’est que quand il m’a amené à l’hôtel, il a également payé la chambre et m’a laissé des billets pour le taxi le lendemain. J’ai essayé de refuser, mais j’ai abandonné quand il a commencé à prendre un ton agacé (les sensei sont très forts pour cabotiner, mais celui ci a mis des fessées à un champion de judo, donc je n’avais pas envie de l’agacer pour de vrai).
Rendez-vous le lendemain, pour assister à une compétition d’enfants ! J’ai fait des photos depuis le public pendant un certain temps et ensuite, quand j’ai croisé la femme de Muneta sensei, elle m’a donné un badge d’entraineur et j’ai pu continuer au milieu des combattants… A la fin de la compétition, ils m’ont ramené au ferry en m’achetant un bentô en route.
Je crois que la morale de l’histoire, c’est que les japonais sont accueillants.

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